Comme introduction à la conférence-débat, nous allons faire une présentation sommaire du peuple Touareg et des Indiens Kogis. Nous dirons également quelques mots sur d'autres intervenants: Maximilien Bruggmann, Hawad et Abdallah ag Oumbadougou avec Takrist N'Akal, son groupe de musiciens touaregs.

Les Indiens Kogis vivent en Amérique du Sud, au nord de la Colombie, plus précisément dans la Sierra Nevada de Santa Marta. Au nombre d'environ 500'000 au 16 ième siècle, ils furent décimés par les conquistadors espagnols. Redécouverts dans les années 50 par l'anthropologue colombien Gerardo Reichel-Dolmatoff, ils sont aujourd'hui environ 25'000. Ce sont des agriculteurs-cueilleurs qui pratiquent un système traditionnel de polyculture. Ils vivent dans des maisons en bois rondes avec un toit de feuille de palme.
Le drame des Kogis est la terre. Nous occidentaux faisons une différence entre la terre, sa propriété, son usage et l'homme qui y vit. Pour les Kogis cette différence n'existe pas. Ils font partie intégrante de la terre sur laquelle ils sont nés et ils vivent. Hélas pour eux, cette terre est de plus en plus convoitée. Entre les paysans sans terre qui escaladent la montagne, la guérilla des FARC et les narcotrafiquants, les Kogis sont repoussés vers les zones froides ou leur survie devient difficile. La perte de leur terre signifie la fin de leur culture.
Pour survivre les Kogis ont besoin de leurs terres ancestrales. Mais ils se sentent également dépositaires d'une sagesse basée sur le respect, l'équilibre et la responsabilité. A nous leurs petits frères comme ils nous appellent, ils veulent nous enseigner à se soucier du monde et à prendre soin des autres ainsi que de l'environnement.


Les Touaregs sont des Berbères, peuple qui habitait les bords africains de la Méditerranée. Ils ont fait partie de l'Empire Romain puis se sont repliés vers le sud lors des invasions arabes. Ils ont repeuplé le Sahara qui n'était plus habité depuis les boulversements climatiques de la fin du néolitique. Autrefois plus de 3 millions, les Touaregs nomades ne sont plus aujourd'hui que quelques milliers. Ils vivent de l'élevage de chèvres, de bovins et de dromadaires. Ils se nourissent essentiellement de lait crû et de mil.
Les Touaregs pratiquent l'élevage nomade. Pour nourrir leurs animaux malgré les maigres ressources du désert, ils sont contraints de se déplacer. Ce mode d'élevage a longtemps été mal compris et associé à une pratique anarchique. En réalité, il répond à un impératif écologique et nécessite à la fois des connaissances approfondies et un très grand savoir-faire.
La société touarègue a donné à la femme une place de choix. C'est elle qui possède la tente et les animeaux. Elle gère aussi la vie du campement et participe à la politique. Malheureusement, avec la sédentarisation la femme perd nombre de ses prérogatives et se trouve bien souvent reléguée à des fonctions subalternes.
L'alphabet tifinagh est une des deux seules écritures originelles du continent africain, avec l'alphabet amharic des Ethiopiens. Il comprend 20 signes. Le sens de lecture est donné par une expression qui initie invariablement tout texte: "awa nek". Les Touaregs possèdent une tradition essentiellement orale. L'usage de leur écriture est réservé à des indications gravées sur la roche pour signaler un danger ou un point d'eau ainsi qu'à la rédaction de lettres d'amour rédigées sur du parchemin et détruites aussitôt lues.
Aujourd'hui les Touaregs revendiquent la reconnaissance de leur écriture car elle fait partie intégrante de leur identité. Dans cette lutte, ils ont été rejoints par les autres communautés berbères (Kabyles, Chleuhs du Maroc, Berbères du Haut Atlas, ...).

Maximilien Bruggmann a marqué des générations de lecteurs et de voyageurs avec son livre « SAHARA » paru aux Editions Silva. Quarante ans après son premier voyage en terre touarègue, son amour pour le peuple des sables n'a rien perdu de sa flamme. Malgré les innombrables pays qu'il a traversés, Maximilien Bruggmann revient régulièrement dans le massif de l'Aïr (Niger) pour partager la vie de ses amis nomades. De ces moments privilégiés il nous livre des instantanés ensoleillés et nous invite à l'évasion.

Hawad est né dans un campement touareg de l'Aïr. Très affecté par la mort de son grand-père, il se retire dans le désert auprès de son oncle paternel qui l'initie à la pensée soufie. A cette occasion il découvre l'alphabet arabe, le Christianisme et les auteurs de la Grèce antique. Il poursuit sa quête de sagesse et d'ouvertures au-delà les frontières, jusqu'à Bagdad. A son retour, il retrouve son univers nomade détruit par la sécheresse et étranglé par les contraintes que lui imposent les jeunes Etats issus de la décolonisation. Dès lors, il s'exile en France et devient le porte-parole de son peuple à travers la poésie et un mode pictural original qu'il a lui-même nommé "furigraphie".
Abdallah ag Oumbadougou est né dans l'Aïr vers 1962. A 16 ans il achète sa première guitare et compose ses premières chansons. Alors qu'il est encore tout jeune, la famine de 1984-85 met sa famille dans une situation catastrophique. Pour l'aider, il est contraint, au péril de sa vie, de gagner l'Algérie à pieds. Plus tard, il rejoint en Libye d'autres jeunes qui, comme lui, ont du quitter le Niger pour trouver du travail et sauver leur famille. Lors de la répression des années nonantes contre les minorités touarègues, il encourage son peuple par sa musique à prendre patience et à ne pas perdre son âme. Ses productions circulent sur de nombreuses cassettes interdites. Il devient le chanteur emblématique de la résistance touarègue. Ses chansons véhiculent toute la nostalgie de leur terre aimée, leur désert déchiqueté par les frontières.
