J'aimerais que les adolescents voient
ce film, peut-être parviendra-t-il à les faire
réfléchir sur la condition de la femme.
Qu'ils soient d'accord ou non avec le film
n'est pas le problème. L'important est
que la question soit posée, qu'ils en parle
entre eux. Le silence fait vraiment très mal.
Je chanterai des airs pour
enivrer les auditeurs, pour faire
vibrer les branches des arbres,
le narcisse et le jasmin,
pour attirer les matelots
de village en village.
Moufida Tlatli
Alia n'en peut plus, à 25 ans, de chanter dans les mariages. Après une nième humiliation elle exprime le dégoût de sa vie et une révolte contre Lottfi qui partage sa vie depuis 10 ans sans l'avoir jamais épousée.
L'annonce de la mort du prince Sid'Ali, un ex-bey, la replonge brutalement dans son passé. A l'occasion des obsèques, elle revisite le palais de son enfance, où elle est née d'une mère servante et d'un père inconnu ... qui pourrait bien être le prince.
En déambulant dans les couloirs déserts, lui reviennent les images fascinantes et cruelles qui furent celles de son enfance. Elle revoit son amitié interdite avec Sara, fille d'un des princes. Elle revit sa quête du père dans un silence douloureux, qu'elle exprimait parfois par des cris ou des vocalises sauvages et désespérées.
Elle exhume des souvenirs qu'elle pensait enterrés avec sa mère, la brave et belle Khedja, qui luttait en silence et avec acharnement pour la protéger de la convoitise des princes, pour que sa fille échappe à jamais au sort qu'elle même subissait ...
Il y a dans ce film délicat et têtu largement de quoi chambouler les sens. D'abord parce qu'on y voit l'invisible: la vie de ces femmes, mi-maîtresses, mi-esclaves, claquemurées pour la vie dans la solitude d'un palais arabe. Surtout Moufida Tlatli, a trouvé le bon fil pour tisser son film: la musique. Sa voix sublime va en effet constituer pour Alia l'unique chance
de salut. Et c'est un autre bénéfice du film que ce voyage qu'il propose dans l'art du chant arabe, soutenu par le luth, les tambourins et parfois, les mélopées d'Oum Kalshoum transmises par la radio.